27 mai 2026

Les établissements

Cyberattaque en Hauts de France : « voyez donc ça avec les rectorats » répond le ministère aux organisations syndicales

Suite aux nombreuses alertes de la part des sections académiques SNES-FSU d’Amiens et de Lille, et du SNES-FSU national, et après diverses réunions aux niveaux académique, régional, et national (DGESCO), les décrets publiés le 7 mai 2026 afférents à la gestion de la crise de la cyberattaque d’octobre 2025 sur les serveurs dont dépendent 80% des lycées des Hauts de France sont pour le moins décevants, voire inquiétants.

Dans 80% des lycées des académies d’Amiens et de Lille, les élèves et étudiant.es en lycée professionnel, technologique et général, dans les classes du secondaire et du supérieur (BTS, CPGE…) ont connu, jusqu’à très récemment parfois et souvent encore, des conditions d’apprentissage et de préparation aux examens ou concours profondément dégradées - remettant en question leurs chances de réussite et leur droit à un traitement équitable vis-à-vis de leurs camarades ailleurs sur le territoire national. Le quotidien dans la plupart des lycées des académies de Lille et d’Amiens depuis le 13 octobre 2025 et jusqu’à souvent au moins février 2026 a été pour le moins perturbé : ordinateurs, vidéoprojecteurs et imprimantes inutilisables, recours inadmissible au matériel personnel des enseignant.es et des élèves (travaillant parfois sur leur téléphone portable, avec leur propre forfait Internet…), perte définitive de travaux à effectuer dans le cadre de la présentation aux examens ou concours, obligation pour les enseignant.es d’inventer de nouvelles modalités de travail, CDI privés de leur base informatique, logiciels inactifs et indispensables à certains enseignements, connexions inactives, Travaux Pratiques non réalisés pendant les semaines perturbées (jusque 12 semaines sur 36 dans certains lycées !)
Face à cette situation inédite mais qui pourrait hélas se reproduire dans ces deux académies ou dans d’autres à l’avenir, au vu des attaques informatiques dont la presse se fait désormais écho presque tous les jours, le Ministère de l’Éducation Nationale renvoie la prise en compte réelle de ces conditions d’apprentissage et de préparation aux examens incroyablement dégradées au local.
Les décrets et arrêtés publiés depuis la fin mars par le Ministère de l’Éducation Nationale se contentent de prévoir et de sécuriser juridiquement la réaction de l’institution en cas de problèmes d’ordre technique mettant en péril à l’instant T la passation de certaines épreuves. Dans ce cas, les candidat.es seront rapidement reconvoqué.es ou – en tout dernier recours - verront leur(s) épreuve(s) remplacée(s) par le contrôle continu et l’appréciation des livrets (donc par des évaluations qui ne sont pas toutes de type « examen »), ou iront dans un autre lycée qui ne rencontre pas de problèmes techniques, ajoutant ce déplacement au stress de la passation d’épreuve.
Quid des candidats dont les lycées ne rencontrent plus de problèmes techniques, mais qui ont connu des conditions d’enseignement dégradées pendant des mois, par exemple qui n’ont pas pu réaliser tous les TP prévus au programme ? A lire les recommandations des rectorats, les IPR devront juste veiller à ce que les jurys proposent des sujets n’impliquant pas de numérique (pas facile en Architecture et Construction, ou en Informatique, ou en... Cybersécurité !) ou à ce qu’ils soient « bienveillants ». C’est un peu flou en contexte d’examens ! Les chef.fes d’établissement et les enseignants sont aussi invité.es par les rectorats à faire état dans les livrets scolaires des difficultés rencontrées pendant l’année.
Le SNES-FSU condamne la désinvolture avec laquelle cette crise a été « gérée » par le MEN, et le renvoi au local de cette gestion. Il est également déplorable que l’État se soit dessaisi du financement des lycées et de leur fonctionnement, ce qui régionalise cette question en laissant les Conseils Régionaux décider des infrastructures que, de fait, ils financent. A cette heure le Conseil Régional des Hauts de France reste sourd aux demandes des lycées et du SNES-FSU de revenir à des serveurs locaux, non centralisés, qui minoreraient l’impact d’inévitables cyberattaques à venir. Il est grand temps que l’État reprenne la main, et qu’une Éducation vraiment Nationale soit garantie à tous et toutes les élèves.